GESTION DE L'EAU & GOUVERNANCE TERRITORIALE
Côte d'Ivoire : la gestion intégrée de l'eau érigée en priorité nationale et levier de cohésion territoriale
À l'occasion de l'Atelier International des Régions Francophones (AIRF) tenu le 17 juin 2026 à Abidjan, le Ministre des Eaux et Forêts et Président du Conseil Régional de Gbêkê a livré un discours de référence sur les enjeux de l'eau, la réforme institutionnelle engagée par la Côte d'Ivoire et les perspectives de coopération entre territoires francophones.
« L'eau ne nous attend pas. » C'est sur cette formule percutante que le ministre a ouvert son allocution, posant d'emblée la gravité du défi hydrique. Dans un monde où le changement climatique, la pression démographique et la dégradation des écosystèmes redessinent les équilibres, l'eau est désormais bien plus qu'une ressource naturelle : elle est un facteur de souveraineté, de cohésion sociale et de développement économique.
Un nouveau Code de l'eau, socle d'une vision stratégique. Adopté en novembre 2023, le nouveau Code de l'eau ivoirien constitue, selon le ministre, « une étape décisive dans l'évolution de la gouvernance de l'eau ». Il consacre la Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE) comme principe directeur de toute politique hydrique, structurée autour de quatre convictions : l'équité dans l'accès à la ressource, la subsidiarité dans la prise de décision, le développement harmonieux des régions et la gestion par bassin hydrographique comme échelle local de planification.
Une architecture institutionnelle réformée. La Côte d'Ivoire a engagé une profonde réorganisation de ses institutions de gestion de l'eau. Le dispositif s'appuie sur un Comité National de l'Eau et de l'Assainissement, un Comité Interministériel de cohérence et une Agence Nationale des Ressources en Eau. À l'échelle des bassins, des Comités de Bassin et de futures Agences de Bassin dont celle du fleuve Bandama sont progressivement mis en place. « L'État et les collectivités territoriales ne sont pas des acteurs concurrents. Ils sont les partenaires d'une même ambition », a souligné le ministre.
Le Bandama, laboratoire de la GIRE. Financé par la Banque Mondiale dans le cadre du Projet d’Appui à la Sécurité de l’Eau et à l’Assainissement (PASEA), un projet pilote de GIRE est en cours dans le bassin du Bandama. Il élabore actuellement le Schéma Directeur d'Aménagement et de Gestion (SDAGRE) du bassin, la mise en place d'un Système d'Information sur l'Eau et le développement d'un modèle hydro-économique d'aide à la décision. Ce projet prépare également la création officielle de l'Agence du Bassin du Bandama, conformément aux dispositions du nouveau Code de l'eau.
Une coopération décentralisée exemplaire avec Loire-Bretagne. Depuis la signature d'un protocole de partenariat en août 2021 avec l'Agence de l'Eau Loire-Bretagne, avec l'appui de l'Office International de l'Eau, la Côte d'Ivoire a engagé des échanges fructueux sur la gouvernance locale de l’eau. Cette coopération fondée sur le partage d'expériences, l'apprentissage mutuel et la confiance entre territoires a conduit à la mise en place du 1er CLEA ivoirien Celui du Haut-Solomougou.
Trois enseignements pour l'espace francophone. En conclusion, le ministre a partagé trois leçons tirées de l'expérience ivoirienne : la GIRE ne s'importe pas, elle se construit en épousant les réalités locales ; la gouvernance doit précéder et non suivre les infrastructures ; enfin, la coopération décentralisée est un « puissant levier d'accélération » dans un monde confronté à des défis communs. Des mots qui ont résonné comme un appel à l'action pour l'ensemble des participants réunis sous l'égide de la Francophonie.












